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Le roman « LOUVES » naît d’une archive : 1607, un village de montagnes. Une fillette de dix ans accuse sa mère de sorcellerie ; le procès s’emballe et dévore un village. Ce qui me retient, ce n’est pas la simple mécanique judiciaire, mais ce qui échappe aux registres : le vide, le tremblement, la douleur sans langue. Là où il y avait peut-être inceste et parole enfantine brisée, la communauté choisit une grammaire prête à l’emploi : celle des sabbats, des démons, d’une vérité déjà écrite.

J’ai voulu un roman historique qui ne soit ni pastiche ni tableau patrimonial. La documentation (logique inquisitoire, étapes des interrogatoires, place du greffier, lexique judiciaire et religieux, sociabilités d’Ancien Régime) irrigue le récit sans s’y exhiber ; la langue demeure contemporaine, travaillée par de légères inflexions d’époque pour ouvrir un passage vers la mentalité du XVIIᵉ siècle, sans anachronisme moral. L’archive devient matière sensible — odeurs, suie, encre, bancs, haleines — afin que l’Histoire soit d’abord ressentie puis comprise.

Le livre repose sur trois voix qui ne se recouvrent pas : le juge, certitude doctrinale ; le greffier, qui écrit pour sauver ce que le droit efface ; l’enfant, dont la parole vacille entre aveu et récit imposé. Cette polyphonie n’apporte pas « la » vérité : elle propose un faisceau d’ambiguïtés et montre comment une voix devient preuve, puis mythe, comment un corps devient terrain d’exorcisme. De cette friction naît une interrogation plus large sur la fabrication de la vérité et la fonction du pouvoir — un déplacement qui éclaire aussi notre présent, où la parole des enfants et des femmes demeure fragile et où les sociétés préfèrent parfois un récit rassurant à une douleur nue.

Cet ancrage d’époque se conjugue avec une ouverture du regard : LOUVES dialogue avec une histoire européenne des peurs collectives et des procès, et assume une porosité de genres…

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